Et si la hausse du prix à la pompe était aussi l’occasion de réapprendre à voyager autrement ?
Évidemment, personne ne se réjouit de voir le prix du carburant augmenter.
Depuis le début de la crise dans le détroit d’Ormuz, le sujet est revenu au premier plan et, pour tous ceux qui voyagent en van, en fourgon aménagé, en camping-car ou en véhicule tout-terrain, la question du budget consacré aux déplacements est devenue plus sensible.
Pourtant, faut-il pour autant renoncer à partir ? Chez Vanlife Expo, nous pensons au contraire que cette période peut être l’occasion de regarder le voyage différemment.

Nous avons déjà appris à voyager autrement
Nous avons d’ailleurs déjà connu ce type de situation. Lors de la crise du Covid, les restrictions de déplacement avaient profondément bouleversé nos habitudes. Faute de pouvoir partir loin, les Français avaient été nombreux à redécouvrir leur propre territoire, leur région et parfois même leur département. Beaucoup s’étaient alors rendu compte que l’évasion n’était pas forcément synonyme de milliers de kilomètres. Une côte, une forêt, un lac, une petite ville ou un village situé à une heure ou deux de chez soi pouvaient suffire à procurer cette sensation de dépaysement que l’on allait auparavant chercher beaucoup plus loin.
Il faut dire que la France offre un terrain de jeu assez exceptionnel. Littoraux, montagnes, campagnes, forêts, lacs, rivières, villages, monuments, musées, parcs naturels ou patrimoine gastronomique : la diversité des paysages et des territoires est probablement l’une de nos plus grandes richesses. La France reste d’ailleurs la première destination touristique mondiale, ce qui devrait parfois nous amener à regarder d’un œil neuf ce que des millions de visiteurs viennent découvrir chaque année à quelques kilomètres seulement de chez nous.
Quand l’un des plus beaux voyages commence près de chez soi

Philippe Colas, fondateur de Vanlife Expo, en a lui-même fait l’expérience il y a une quinzaine d’années lorsqu’il a aménagé son premier van. Originaire de Saint-Malo, il aurait pu rêver immédiatement de grands voyages et de destinations lointaines. Pourtant, l’un de ses souvenirs les plus marquants reste un simple tour de Bretagne par la côte.
« Je connaissais évidemment la Bretagne, mais je ne l’avais jamais vraiment parcourue de cette façon. Je me suis retrouvé émerveillé par des endroits situés à deux ou trois heures de chez moi. Cela m’a fait prendre conscience qu’on pouvait vivre un vrai voyage sans forcément partir loin. »
C’est peut-être aussi cela que le prix actuel du carburant nous invite à retrouver. Lorsque rouler coûte moins cher, on a facilement tendance à multiplier les étapes, à vouloir voir beaucoup de choses en peu de temps et à enchaîner les kilomètres. Trois cents kilomètres aujourd’hui, deux cents demain, une nuit ici, une autre là, puis on repart. À la fin du séjour, on a parfois davantage traversé un territoire qu’on ne l’a réellement découvert.
Rouler moins, rester plus longtemps

Voyager moins loin peut au contraire inciter à rester davantage au même endroit. Se poser deux ou trois jours, prendre le temps d’installer son campement, sortir les fauteuils, marcher, faire du vélo, aller prendre son café le matin au village, faire le marché, discuter avec les commerçants ou les producteurs locaux. C’est aussi l’occasion de visiter un musée ou un monument que l’on aurait autrefois simplement aperçu depuis la route, d’explorer une forêt, un sentier côtier, un étang ou un plan d’eau. Et surtout, de laisser davantage de place aux rencontres.
C’est toute la différence entre parcourir un endroit et prendre le temps de le vivre. Le voyage en véhicule aménagé s’y prête particulièrement bien, parce qu’il offre justement cette liberté de s’arrêter. Il n’est pas nécessaire de repartir chaque matin. Le véhicule devient alors non plus seulement un moyen de déplacement, mais un véritable lieu de vie temporaire, installé au cœur d’un territoire que l’on choisit de découvrir plus lentement.
Et ce temps gagné sur la route peut devenir du temps réellement partagé. Du temps avec ses enfants, sa famille, ses amis. Un week-end à une heure ou deux de chez soi est beaucoup plus facile à improviser qu’un grand départ à l’autre bout de la France. On peut retrouver des copains dans un camping, sur une aire ou dans un lieu autorisé où l’on a prévu de passer la nuit, partager un repas, sortir les chaises, prolonger la soirée et profiter du simple plaisir d’être ensemble sans regarder l’heure ni penser immédiatement à la prochaine étape.
Retrouver du temps pour ce que l’on aime vraiment

Voyager moins loin, c’est aussi retrouver du temps pour ses passions. Combien d’entre nous possèdent déjà un vélo, une planche de surf, des chaussures de randonnée, du matériel de pêche, un paddle ou simplement une bonne paire de jumelles, sans jamais prendre suffisamment le temps de s’en servir ?
Le voyage de proximité peut justement remettre ces activités au centre du séjour. Passer la matinée à surfer, partir pêcher quelques heures, suivre un sentier, faire une longue balade à vélo, observer les oiseaux, reconnaître les plantes, découvrir la faune locale, visiter un site historique ou simplement marcher le long de la côte. Toutes ces activités ont un point commun : elles ne nécessitent pas forcément de dépenser beaucoup d’argent. Très souvent, nous sommes déjà équipés et nous manquons davantage de temps que de matériel.
Il y a là aussi une autre manière de penser les vacances. Sortir un peu de cette idée selon laquelle partir doit nécessairement signifier consommer : accumuler les kilomètres, les visites payantes, les attractions, les restaurants ou les activités organisées. Le plaisir peut être beaucoup plus simple. Une journée de randonnée, quelques heures au bord de l’eau, un pique-nique, une baignade, une partie de cartes avec les enfants ou une soirée avec des amis peuvent laisser bien plus de souvenirs qu’un programme rempli du matin au soir.
Les Français savent s’adapter

Lorsque les tensions sur le carburant ont commencé à inquiéter au printemps, Philippe Colas a eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises dans les médias à l’approche des salons Vanlife Expo. Son discours était assez simple : il fallait faire confiance à la capacité d’adaptation des Français. La crise sanitaire l’avait déjà montré. Lorsqu’un contexte économique ou géopolitique impose de modifier ses habitudes, les voyageurs ne cessent pas nécessairement de partir ; ils changent leur manière de voyager.
Les premiers enseignements de la saison touristique vont d’ailleurs plutôt dans ce sens. Les arbitrages budgétaires ont conduit de nombreux vacanciers à raccourcir certaines distances, à privilégier davantage la proximité ou à rester plus longtemps sur un même lieu. Les campings, de leur côté, ont continué à enregistrer une fréquentation solide. Autrement dit, le besoin d’évasion reste là. Il s’exprime simplement différemment.
Cette adaptation peut même renforcer une dimension qui a toujours été au cœur du voyage en véhicule aménagé : la convivialité. En restant davantage sur place, on prend plus facilement le temps d’échanger avec ses voisins, de discuter avec les habitants, de revoir des amis ou d’inviter de la famille à nous rejoindre pour une journée. On voyage peut-être moins loin, mais on crée davantage d’occasions de partager quelque chose.
Regarder le monde autrement
Il existe aussi, dans cette période, une question de regard. Nous sommes exposés chaque jour à une actualité très dense, souvent inquiétante : tensions internationales, conflits, inflation, prix de l’énergie, incertitudes économiques. Tout cela existe et il ne s’agit évidemment pas de le nier. Mais lorsqu’on voyage, même à proximité de chez soi, on retrouve une autre forme de réalité. Celle d’un paysage, d’un village, d’une terrasse de café, d’un marché, d’une conversation avec un inconnu ou d’un coucher de soleil découvert presque par hasard.
C’est peut-être là que se trouve l’un des paradoxes de cette période. Un carburant plus cher peut nous contraindre à rouler moins, mais il peut aussi nous pousser à mieux regarder ce qui nous entoure. À ralentir, à choisir nos étapes, à privilégier la qualité du séjour plutôt que le nombre de kilomètres parcourus. À redonner de la place à nos proches, à nos passions, à la nature et à toutes ces choses que nous repoussons souvent à plus tard faute de temps.
En somme, cela nous rapproche finalement d’une philosophie assez simple, et assez proche de celle qui a fait le succès de la vanlife : partir simplement, vivre avec peu, rester libre et prendre son temps.

Moins de kilomètres, plus de voyage
Alors non, le carburant cher n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il est difficile d’agir sur les cours du pétrole ou les crises internationales, il reste possible d’agir sur notre façon de voyager. Partir moins loin, rester davantage, découvrir mieux, retrouver ses proches, consacrer du temps à ce que l’on aime vraiment et se rappeler qu’un road trip réussi ne se mesure pas au nombre de kilomètres affichés au compteur.
Il suffit parfois de regarder une carte, de tracer un cercle de 100 ou 150 kilomètres autour de chez soi et de choisir un endroit que l’on ne connaît pas encore. Y retrouver des amis, emmener les enfants, charger les vélos, les chaussures de randonnée, la planche de surf ou les cannes à pêche, puis décider simplement de rester là quelques jours.
L’aventure est peut-être plus proche qu’on ne le pense. Et les plus beaux souvenirs ne sont pas toujours ceux pour lesquels on a roulé le plus loin.
Moins de kilomètres, plus de voyage
